Marlon - On se tutoie ? Comment dois-je t'appeler ? Docteur, Maan ou Frantz ?
Frantz Cappé - Appelle-moi Frantz. Je crois que nous sommes suffisamment intimes pour pouvoir nous tutoyer. Docteur est réservé à la consultation, Maan est un personnage.
Marlon - C'est facile de passer de la consultation vétérinaire à l'écriture ?
Frantz Cappé - Pour moi, oui. Déjà à l'Ecole Vétérinaire, j'ai soutenu ma thèse sur l'animal (symbole et réalité) de la société du XVIIème dans les Fables de Jean de la Fontaine. Il faut toujours que j'écrive... sur tout.
Marlon - Pourquoi MAAN ?
Frantz Cappé - Parce que c'est un nom qui sonne comme un miaulement de chat. J'adore Shakespeare et les initiales de la pièce Much Ado About Nothing donnaient un nom facile à adopter et qui résume bien ma pensée : Beaucoup de bruit pour rien s'applique souvent à nos problèmes quotidiens, mais en les relativisant, nous nous rendons compte qu'il peut se passer un événement plus grave que nos petits tracas.
Marlon - En quoi le vétérinaire des Chroniques est-il atypique ?
Frantz Cappé - C'est le vétérinaire idéal que nous aimerions tous avoir pour soigner nos animaux. Sensible, proche de ses patients et de leurs maîtres. Mais le titre est provocateur. Nous sommes tous des vétérinaires atypiques.
Marlon - Lucile, la vétérinaire des Pensées, tu la ranges dans les typiques ou les atypiques ?
Frantz Cappé - Elle est consciencieuse, bonne véto, humaine donc typique de ce que l'on attend d'un vétérinaire. Mais lorsqu'elle tombe amoureuse, elle devient unique, lumineuse, épanouie. Une femme - comme un homme d'ailleurs - frappée par Cupidon est typiquement atypique !
Marlon - Cupidon, c'est moi ?
Frantz Cappé - Dans Maan dans ses pensées l'animal est symbolique. J'ai toujours été fasciné par le regard des animaux sur les humains. Certains sont distants, d'autres très attachés. Dans mon métier, nous communiquons beaucoup avec le maître, bien-sûr, mais également directement avec l'animal : par les yeux, les caresses, la main (parfois caresse, parfois main de fer dans un gant de velours). Je voulais que mon roman puisse transcrire ce dialogue.
Marlon - Tu fais parler les animaux...
Frantz Cappé - Je ne suis qu'un traducteur ! C'est mon métier, en sorte, d'interpréter les signes pour en tirer des conclusions.
Marlon - Avec qui as-tu appris à parler "chat" ?
Frantz Cappé - Avec mes propres chats, dans un premier temps. Ils m'ont appris à associer leurs sons à des messages comme tous les maîtres amoureux de leurs animaux. Avec Armande Altaï, même si je ne la vois pas souvent, je suis admiratif de sa capacité à moduler sa voix et à dialoguer avec ses chats. Catherine Samie m'a beaucoup impressionné également. Les acteurs savent interpréter les textes. Tous les textes. C'est peut-être pour cela qu'ils sont si sensoriels et souvent très à l'écoute de leurs animaux.
Marlon - Et Catherine Deneuve, aime-t-elle les chats ? Pourquoi lui rendre un tel hommage ?
Frantz Cappé - Le mieux serait que tu lui poses toi-même la question... Il me semble avoir lu dans une interview que ses chats ne la quittaient pas. Pour mon roman, je voulais une atmosphère de cinéma, que le lecteur puisse se fondre dans le texte, comme au fond d'un fauteuil d'une salle de projection. Catherine Deneuve a une filmographie magnifique, presque de référence. L'ombre de ses personnages se projette dans chaque chapitre dans une élégance et un phrasé qui la caractérisent.
Marlon - Te rends-tu compte que tu discutes avec un chat ? Ne crains-tu pas d'être pris pour un fou ?
Frantz Cappé- Dans les Fleurs du mal, Baudelaire écrit "Garde tes songes ; les sages n'en ont pas de si beaux que les fous." Et lorsque les lecteurs vont comprendre que tu es le chat de mon roman, promets-moi de les empêcher de m'enfermer !
9.XI.2009